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Directeurs d’établissements, professeurs et élèves : ce que change la crise sanitaire (1)

(Partie 1)

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Quels sont les impacts de la crise sanitaire sur leurs conditions de travail ? Quels sont les changements observés dans la relation aux autres ? Quels sont leurs ressentis personnels ? HUB TECH CvL est allé à la rencontre de directeurs d’établissements, de professeurs et d’élèves pour recueillir leurs témoignages…(partie 1).

Monsieur Nicolas MESTRE, Directeur du CFA

« En mars, nous avons été obligés de fermer toutes nos formations en présentiel et d’assurer rapidement les cours en ligne. Notre difficulté majeure lors du premier confinement, était que des jeunes apprentis étaient au chômage partiel… Seul un tiers est resté en activité. Aujourd’hui, avec l’expérience, c’est plus simple : selon les formations métiers, nous dispensons les cours pratiques et techniques via des vidéos. Nos formateurs postent les cours sur une plateforme dédiée et appellent les apprenants régulièrement pour assurer le meilleur suivi possible. Forcément, l’organisation est compliquée, notamment pour les niveaux infra-bac qui ne sont pas forcément bien équipés en matériel informatique. Nous avons constaté un décrochage important et un stress avéré chez nos élèves. Les étudiants en première année ont quant à eux du mal à se mettre en selle, mais les cours pratiques ont permis de rattraper le retard. Depuis septembre, nous avons repris une activité « normale » en présentiel. 95 % de nos jeunes sont présents. En parallèle, nous avons investi dans des logiciels spécialisés et nous aidons les jeunes à s’équiper en matériel informatique pour qu’ils puissent travailler dans les meilleures conditions. Pour ceux qui ne seraient pas encore dotés, le présentiel sera alors privilégié. Actuellement, pour nos élèves en service et restauration, notre restaurant d’application reste ouvert au personnel du CFA pour que nos jeunes puissent travailler et assurer la qualité de la formation. Pour résumer, ce second confinement est disons moins sévère pour les alternants sauf bien sûr pour ceux de la filière de la restauration. Les jeunes ont accepté et respectent les consignes ainsi que le port du masque. Ils jouent le jeu et ont bien conscience de l’importance de se protéger. Par contre, ils sont perturbés de ne pas pouvoir se côtoyer en dehors de notre établissement. Leur angoisse concerne la rentrée prochaine. La diminution de l’activité des entreprises, voire les fermetures, vont très probablement impacter leur parcours et leur formation… Mais, nous serons à leurs côtés, car nous avons le devoir moral de donner la meilleure formation pour ces collaborateurs de demain. »

Monsieur Éric DELASSUS, enseignant de Philosophie au lycée Marguerite de Navarre, membre du groupe éthique du centre hospitalier Jacques-Cœur, chercheur en éthique médicale et managériale

« La crise actuelle a fortement développé le télétravail et a permis de prendre conscience que le travail jouait dans nos vies, bien au-delà de l’activité économique. Il nous unit socialement et il contribue au sens que l’on veut donner à notre existence. Le changement s’opère aussi dans notre relation à la hiérarchie entre managers et managés, car l’autonomie peut conduire à revoir le rôle de chacun. Il faut peut-être repenser le statut de manager en un rôle d’accompagnateur, du fait de la modification du cadre dans lequel le travail se fait à présent. Ces nouvelles modalités interrogent sur la place qu’il doit occuper… Avec le télétravail, il est difficile aussi de faire la part entre vie professionnelle et vie personnelle. Elles se mêlent entre elles, au risque de ne plus arriver à déconnecter. Il faut donc retrouver de nouveaux repères pour rétablir l’équilibre. Se gérer soi-même peut être plus compliqué et moins confortable. L’innovation est intéressante, elle nécessite des aménagements nouveaux, mais forcément en reconsidérant les rôles. Le télétravail est une solution, mais le partage entre présentiel et distanciel parait nécessaire. 

Je ne pense pas que ce soit une solution pérenne concernant l’enseignement. La présence physique est essentielle pour les élèves. Les rapports singuliers doivent être construits chaque année et la distance est un frein bien réel. C’est un pis-aller, mais ça ne peut pas remplacer l’enseignement en présentiel, malgré les outils disponibles. L’interactivité diminue, les échanges entre élèves aussi. L’écran fait écran et empêche le côté vivant de l’enseignement. Pour les conférences, la consultation de documents cela a du positif mais, c’est bien physiquement, dans la classe, que le savoir passe véritablement. Lors des semaines en présentiel, le masque est difficile à vivre avec cette impression de ne pas se (re)connaître. C’est déstabilisant et compliqué de mettre un nom sur un visage. Le visage, c’est pourtant ce par quoi l’intériorité de la personne transparaît. Nous en sommes en partie privés. Nous avons l’impression que notre relation est amputée de quelque chose… ».

Madame Eva DEREGNAUCOURT, apprentie à l’école Hubert Curien en Développement commercial et marketing

« Dans l’enceinte de l’école, il n’y a pas beaucoup de changements à part le port du masque. Seules les salles habituellement ouvertes pour les pauses sont fermées. Nous mangeons tous ensemble dans notre salle de classe. Maintenant, l’école est 100 % en distanciel via le logiciel Teams. Ça, c’est génial. En revanche, les cours dématérialisés engendrent de nombreux problèmes. Tous les professeurs ne sont pas formés, ce qui génère des difficultés de mises en route qui peuvent parfois être longues. Ce qui me gêne, ce sont certains cours très difficiles à suivre à distance, comme le « perfectionnement Excel ». Impossible pour le professeur de visionner tous les écrans et toutes les formules en même temps. Je pense que tous les cours ne s’y prêtent pas malheureusement… Depuis la mise en place du distanciel, les professeurs font beaucoup d’évaluations donc on peut se retrouver avec des demi-journées entières de contrôle. Pendant les cours, la participation est minime et personne ne met sa caméra. Beaucoup conversent en parallèle sur les réseaux sociaux comme Snapchat. C’est dommage… Ce nouveau mode d’enseignement a de nombreuses conséquences sur les relations entre les élèves. La cohésion est devenue très restreinte. C’est compliqué, car nous nous sommes croisés seulement quelques semaines depuis la rentrée, nous nous connaissons à peine. Difficile de mettre un visage sur un nom…  Mais, c’est bientôt Noël et personnellement, j’ai hâte de retrouver ma famille. C’est ma priorité ! »

Jennifer ROUMET pour HUB TECH CvL

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