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Directeurs d’établissements, professeurs et élèves : ce que change la crise sanitaire (2)

(Partie 2)

Quels sont les impacts de la crise sanitaire sur leurs conditions de travail ? Quels sont les changements observés dans la relation aux autres ? Quels sont leurs ressentis personnels ? HUB TECH CvL est allé à la rencontre de directeurs d’établissements, de professeurs et d’élèves pour recueillir leurs témoignages…(partie 2).

Madame Véronique PIPERAUD, Principale du collège Jean Renoir

« Avec la crise et la mise en place du distanciel, nous avons perdu en relations interpersonnelles et de nombreux élèves ont « souffert » de devoir rester à la maison. Les écarts se sont creusés pour ceux qui étaient peu accompagnés et/ou peu équipés, et ce, malgré l’envoi des cours et des devoirs en version papier et la formation au numérique dispensée aux parents. Aujourd’hui, nous essayons de rattraper ce retard avec l’aide aux devoirs et un accompagnement spécialisé des élèves en difficulté, mais nous craignons des conséquences importantes. Nous constatons à ce jour que le pourcentage d’élèves moyens diminue de plus en plus… Paradoxalement, de nombreux collégiens, ainsi que les professeurs, sont montés en compétences numériques.

Le retour au collège a été salvateur pour beaucoup. Une élève m’a même dit « c’est une renaissance de revenir » … Le protocole strict mis en place au retour des vacances de la Toussaint a indéniablement dégradé les conditions de travail : pour nos professeurs qui perdaient leurs repères avec leur salle et leur matériel pédagogique et pour les élèves qui ont besoin de bouger et de jouer. Pour beaucoup d’élèves « hyper actifs » cela a été compliqué et ils l’ont d’ailleurs clairement exprimé. Il est certain que dans notre établissement, nous avions l’habitude aussi de travailler par projets : sorties et voyages scolaires, travail interclasses, projets artistiques et sportifs…. Cela a impacté le climat de travail de tout le monde. Notre démarche partenariale est restée en sommeil et l’incertitude est gênante au quotidien, car nous ne pouvons pas nous projeter. Pour remédier à cette ambiance morose et favoriser les échanges entre les élèves, nous avons redonné de la place au collectif en individualisant les activités : pour le tennis de table, chacun apporte sa raquette et les balles sont désinfectées à chaque changement de joueur, nous avons autorisé à nouveau le baby-foot avec des mesures d’hygiène strictes, les échecs se jouent avec des gants… Nous avons aussi mis en place des activités pour retrouver de la sérénité et/ou se défouler : de la sophrologie, du roller, de la trottinette… tout en assurant la continuité des gestes barrières. Concernant le distanciel, nous avons harmonisé la procédure en cas de nouveau confinement. C’est un travail commun entre personnels encadrants, professeurs et parents d’élèves. Nous avons aussi désormais, un diagnostic numérique précis des connections Internet et du matériel de toutes les familles. Les épreuves passées nous ont permis d’en tirer les conséquences et d’ajuster notre pédagogie. Mais, à l’heure de la digitalisation de l’enseignement, la présence en classe reste primordiale pour la communication et les échanges. Les enfants se construisent avec la proximité et la relation aux autres… ».

Monsieur Olivier CHENET, enseignant de Lettres modernes au Lycée Jacques Cœur

« Lors du premier confinement, j’ai trouvé que certains élèves avaient des difficultés liées à leur matériel informatique, aux connexions et au travail solitaire à la maison. Tous les élèves n’ont pas eu la même expérience concernant la continuité pédagogique et l’ont vécue plus ou moins bien. Ce qui pouvait aussi poser problème, c’est la multitude des supports : Moodle, Pronote, Pearltrees … Pour certains, c’était vraiment compliqué. Le deuxième confinement a été plus facile : je ne rencontre pas de problème particulier pour travailler avec les classes divisées en présentiel et en distanciel. Il faut s’adapter. Le système est plus unifié : on utilise Pronote.  J’ai pris le parti de faire faire des écrits à mes élèves les semaines à la maison. Ils m’envoient des photos de leurs écrits manuscrits pour éviter les copier-coller. Tout se passe bien. Pour moi, c’est un changement de méthode qui change nos rapports aux savoirs, aux enseignements et aux devoirs. Je pratique davantage la pédagogie inversée. Pour les élèves qui présentent quelques difficultés, l’établissement a mis en place des heures de soutien : c’est bénéfique et les élèves sont demandeurs. Je vois des élèves qui sont très heureux de se retrouver et de travailler ensemble. Concernant le masque, je m’interrogeais au début sur ma capacité à le porter toute la journée et puis quelques jours ont suffi pour lever le doute. Les autres mesures d’hygiène et les recommandations sont bien respectées par les élèves dans l’établissement, mais à l’extérieur du lycée il est possible qu’il y ait du relâchement. Ce qui me semblerait intéressant ce serait de former davantage d’élèves pour faire de la prévention, pour sensibiliser leurs camarades aux mesures d’hygiène en dehors du lycée. Vivement qu’on retrouve toutes les classes en présentiel ! »

Paolo, collégien à Saint-Exupéry

« J’ai 11 ans et je suis en 6eau collège Saint-Exupéry. Pour moi, le COVID-19, c’est un peu comme une maladie. C’est un virus qui des fois nous fait du mal et qui peut nous tuer. Ce sont mes parents qui m’en ont parlé pendant le 1erconfinement. J’ai même fait une vidéo avec mon papa pour expliquer le virus aux enfants. À Barbès, en CM2, on en a beaucoup parlé quand l’école a repris en juin. Du coup, pas de voyage de fin d’année et pas de fête de l’école ! Après en 6on nous a expliqué les mesures d’hygiène. Le 2econfinement, c’est mieux, car on reste dans la même classe sauf pour la science ou la techno donc c’est plus simple. Maintenant, c’est les profs qui nous font sortir de la classe pour éviter les croisements. Au self c’est bizarre, on est tous à côté pour manger et sans masque. Un mètre de distance, c’est pas évident… En plus, c’est dommage, ils ont enlevé tous les bancs à la récré, mais ça change pas grand-chose, on est un peu plus loin avec les copains et avec le masque, mais c’est tout. Je regrette par contre de ne pas aller à la piscine, car je suis dans la catégorie « bon nageur » alors j’y vais pas, pourtant moi, je trouve que je ne sais pas si bien nager… Quand ce sera fini, je voudrais voir mes grands-parents pour les serrer dans mes bras même si j’ai un peu peur et voir mes amis, aller dans les magasins pour le plaisir, me balader en ville, faire beaucoup de sport, du foot et du vélo. »

Jennifer ROUMET pour HUB TECH CvL

HUBTECH CvL est une plateforme collaborative territoriale numérique du Cher (18). Tiers-lieu virtuel, elle démontre plus que jamais son utilité de lien territorial et social.

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