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Association APAB : pour la sauvegarde du Patrimoine de l’Armement de Bourges

Il est des associations qui n’abandonnent jamais. Malgré les obstacles, l’association des Amis du Patrimoine de l’Armement de Bourges (APAB) continue d’œuvrer pour la sauvegarde et la mise en valeur des collections qui constituent la richesse de l’histoire des établissements d’armement de la capitale Berruyère. Serge BORDERIEUX, pyrotechnicien depuis 1974, ancien chef d’établissement de Nexter Munitions La Chapelle Saint-Ursin et Vice-Président de l’APAB, nous retrace la genèse de l’association, son actualité et son projet de pôle muséal…

« Au 19e siècle, nos ennemis potentiels étaient l’Allemagne et la Prusse. Notre roi, puis le gouvernement français, se sont inquiétés de la proximité des fonderies de canons et des installations pyrotechniques proches de la frontière allemande. Il a été décidé que ces activités devaient être transférées et, le centre de la France, déjà envisagé depuis 1830, s’est imposé.

« Quelques passionnés vont se dévouer pour valoriser et entretenir cet ensemble de collections »

Bourges accueille, à partir des années 1860, sur le site aujourd’hui nommé Lahitolle, un arsenal pour matériels neufs, un dépôt de matériels et une fonderie de canons. En 1870 s’ouvre l’École centrale de pyrotechnie (ECP) après être transférée de Metz, sur le site de Guerry le long de la route éponyme et entre les emplacements actuels de la Direction départementale des Territoires (ancienne caserne Lariboisière) et les pyramides du Conseil Dépar­temental du Cher.

Elle jouxte les quartiers militaires Auger et Carnot et le polygone de tir qui avait été créé en 1854. À l’ECP de Bourges, on fait per­durer la conservation des an­ciennes munitions étudiées et produites, tradition prove­nant de l’ECP de Metz, pour en faire un « musée ». À Lahitolle, la Fonderie qui de­viendra en 1912 l’Atelier de construction de Bourges (ABS), imite son voisin munitionnaire en conservant les anciens matériels d’artillerie pour constituer un « musée » d’armes. 

  Ces deux établissements d’armement ainsi que la Commission d’expériences et son polygone de tir (qui deviendra ETBS et actuellement DGA TT) vont croître au fil des ans. L’apogée se situe durant la Première Guerre mondiale avec près de 25 000 personnes employées dans ce secteur de l’armement pour maintenir l’effort de guerre. Bourges compte alors près de 110 000 habitants en 1918. Au fil des années, les collections d’anciennes armes et munitions s’agrandissent dans chaque établissement. En 1967, les établissements industriels ABS et ECP se regroupent pour former l’Établissement d’études et de fabrications d’armement de Bourges (EFAB).

On rassemble alors les collections pour ne faire qu’un seul « musée ».

En 1986, une partie des matériels et des munitions emblématiques de l’EFAB est installée en exposition au niveau zéro des Pyramides du site de Guerry. Cette même année se met en place le « Comité du patrimoine » constitué par quelques artilleurs et munitionnaires de l’EFAB, passionnés par l’histoire et les produits fabriqués par les établissements militaires de Bourges, qui vont se dévouer pour valoriser et entretenir cet ensemble de collections.

En 1990, à la suite du chan­gement de statut du Groupe­ment industriel des armements terrestres (GIAT), qui avait été créé en 1971 en regroupant en France les dix établissements industriels de l’armement, de­vient Giat In­dustries, so­ciété na­tionale de droit privé. La Direction des armements terrestres (DAT) dé­cide alors que les col­lections d’armes et de munitions de­meu­reront pro­priété de l’État et l’ETBS en est nommé gestion­naire.

En 1991, les collections sont déménagées du site de Guerry de Giat Industries vers la zone Zéro-Nord de l’ETBS. Mi 1993, nouvelle migration des armes vers un bâtiment situé sur le site Lahitolle au sein du Centre de formation de l’armement terrestre (CFAT qui est aujourd’hui le CFD) pour éviter qu’elles ne se dégradent trop vite. Les munitions les rejoindront en 1995.

En mars 1994, l’association « les Amis du Patrimoine de l’Armement de Bourges », APAB suc­cède au « Comité du patrimoine » et a la charge de la gestion des collections. En 1995, la société Aerospatiale (actuellement MBDA) met à disposition des missiles destinés à enrichir la collection d’armement aéroterrestre et en confie l’entretien à l’APAB. En 2019 Ce patrimoine a été dernièrement complété par DGA TT des anciens instruments de mesures (vitesse, pression…), de visée et de prises de vues utilisée sur le polygone de tir.

« C’est une collection unique en France, et probablement en Europe… »

Aujourd’hui la collection se compose d’une centaine de matériels principalement français mais éga­lement américains et allemands et de 4 000 maquettes de muni­tions, dont les pre­mières datent d’avant la révolution de 1789. C’est une collec­tion unique en France, et probablement en Eu­rope… Le but de notre association est de sau­vegarder et mettre en valeur ce patrimoine historique, de conser­ver et d’entretenir toutes les pièces en bon état.

Nos actions concrètes sont multiples. Nous retra­çons l’his­toire des éta­blissements d’armement de Bourges, de leurs activités et de leurs produits au travers de publica­tions : une revue trimestrielle « les cahiers de l’APAB » proposée sur abonnement, et des ouvrages thématiques disponibles auprès de l’association et bientôt en librairie comme le livre « De la Fonderie à Nexter Systems » qui sortira en 2021. Nous organisons et participons à des mani­festa­tions pour valoriser le patrimoine de l’armement au sens large : des expositions comme à la Mairie de Bourges, ou encore dans les locaux de MBDA, des interventions dans les communes limi­trophes du polygone de tir, des conférences… Nous valorisons les métiers, les compé­tences et le savoir-faire de l’industrie d’armement. Pour exemple, notre participation au « cluster d’Innovation Lahitolle », notre aide à la rénovation du même quartier, nos interventions dans des colloques comme celui sur la reconversion des anciens sites d’armement organisé par la Ville de Châtellerault, la gestion d’une importante bibliothèque de plus de 2 500 ouvrages, ma collaboration au « projet Pyrotechnie » impulsé par la plateforme HUB TECH CvL… Pour résumer, nous sommes toujours présents pour lier l’ancien et le présent…

« le futur pôle muséal de Bourges, en s’appuyant sur de très riches collections, bénéficie de l’ensemble des atouts nécessaires… »

La volonté pour l’APAB de créer un musée ouvert au public s’affirme dès sa création. En 2000, un premier projet de musée d’artillerie, des armes, des techniques associées et des hommes est proposé aux collectivités locales.  Malheureusement ce projet avorte en 2003. En 2010 un projet plus abouti de conservatoire des techniques de l’armement promouvant les aspects didactiques et pédagogiques des technologies utilisées se solde encore par un nouvel échec.

La dernière tentative de 2016 pour l’implantation d’un conservatoire des techniques de l’armement n’a pas de suite sous cette forme mais une lueur d’espoir apparaît. En effet, l’état-major de l’armée de Terre (EMAT) souhaite associer la collection de l’armement (armes et munitions) aux collections des armes du Matériel et du Train des équipages situées au sein des Écoles militaires de Bourges (EMB). L’EMAT a ainsi défini les orientations qu’il convient de suivre pour donner aux collections la capacité de devenir une référence patrimoniale de premier ordre qui intéresse un nombre toujours

plus important de visiteurs et décline par pôle l’ambition de l’armée de Terre. Elle vise à disposer à l’horizon 2030, de huit pôles muséaux rénovés dont un à Bourges, fonctionnels, aux normes professionnelles de la conservation, accessibles au grand public et disposant d’une muséographie modernisée et attractive. S’inscrivant pleinement dans ce schéma directeur, le futur pôle muséal de Bourges, en s’appuyant sur de très riches collections, bénéficie de l’ensemble des atouts nécessaires pour s’intégrer, à la fois, dans la politique culturelle et patrimoniale du ministère des Armées et dans une volonté culturelle et touristique locale, à Bourges et dans sa région.

Pour ce faire, un conseil scientifique, constitué des parties prenantes, de conservateurs, d’universitaires, de mentors… est créé fin 2016. La mission de ce conseil scientifique est de proposer un projet scientifique et culturel (PSC) définissant le concept du futur musée en dégageant les axes complémentaires afin de mettre en valeur les différentes collections et en trouvant un fil directeur aux différentes collections (Matériel-Train-Armement).

Pour répondre à ce PSC, une agence de conseil et de programmation architecturale a été mandatée : le cabinet « Syllab » qui est en cours de finalisation d’une étude de faisabilité et de préfiguration du futur musée. Plusieurs scénarios seront proposés début 2021 ainsi que le parcours muséographique permettant un discours commun aux trois collections.

Ensuite il faudra trouver les fonds nécessaires pour ce merveilleux projet en sachant que la volonté commune est une ouverture à l’horizon 2028.

Trimestriel les « Cahiers de l’APAB », sur adhésion

20 euros par an, avec 66 % de remise d’impôts.

Souscription par mail ou sur le site Internet via le formulaire téléchargeable : http://apab18.free.fr/mapage/index.html

Association ouverte à tous, portant de l’intérêt à l’histoire de Bourges en général et de l’armement en particulier (pas d’obligation d’être issu des établissements d’armement).

Jennifer ROUMET pour HUB TECH CvL

HUBTECH CvL est une plateforme collaborative territoriale numérique du Cher (18). Tiers-lieu virtuel, elle démontre plus que jamais son utilité de lien territorial et social.

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