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Le « pile et face » de Didier LAGEDAMON, Rédacteur en Chef du Berry Républicain

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[INTERVIEW] 

Le « pile et face » de Didier LAGEDAMON, Rédacteur en Chef du Berry Républicain

Didier LAGEDAMON est Rédacteur en chef du Berry Républicain depuis un peu plus de cinq années. Il se livre sur son parcours et sur sa vie personnelle avec pudeur. Côté pile, côté face, découvrez son histoire et les valeurs qu’il défend…

Côté pile, côté pro
« Je suis né dans le fin fond du Cantal, un département avec des gens simples, authentiques qui m’ont beaucoup appris. À Marcenat ou encore à Salers, où j’ai vécu quelques années, ces montagnards savent se montrer solidaires. C’est durant mon secondaire passé en internat dans un établissement catholique d’Ussel, que je suis tombé dans le journalisme, un peu malgré moi. Mais c’est à Limoges, en maîtrise de droit, que j’ai poussé la porte de l’agence de La Montagne, place Fontaine des Barres. Le journalisme a commencé comme ça, je savais instinctivement que j’avais trouvé ma voie, j’ai arrêté mes études sur le champ. 

Ironie de l’histoire, mon premier contrat a démarré un 1er mai ; c’était sûrement symbolique de la vie de journaliste qui m’attendait, l’actualité ne s’arrête-t-elle jamais, pas même le jour de la Fête du travail ! 

J’étais dans un pool d’auxiliaires de réaction, on couvrait le tout-venant, les infos locales, la semaine, le sport, le week-end, et le reste du temps, avec un ami photographe, on essayait de vendre quelques sujets magazine, à Paris, avec plus ou moins de bonheur ; c’était un peu la galère mais passionnant, on ne s’arrêtait jamais, on était vraiment heureux de mener cette vie vraiment pas comme les autres.

Titularisé ensuite à Cosne-sur-Loire au Journal du Centre, dans une toute petite agence, rue Saint-Jacques, j’en garde aussi de merveilleux souvenirs. Puis, retour en Limousin, au Populaire du Centre, cette fois-ci, à Bellac, dans mon berceau familial. J’étais seul en poste, moins de deux ans après, je reposais mes valises à Limoges. Il y avait trois journaux dans la place, on se tirait la bourre avec mes amis de La Montagne avec qui j’avais commencé quelques années auparavant. La concurrence, une vraie émulation.

« Rester mesuré et distancié par rapport aux évènements »

Au Popu, je couvrais pas mal de politique, je commençais aussi à enquêter ; l’investigation, c’est ce qui m’avait attiré dans ce métier. Fan des enquêtes de Jacques Derogy ; la chance a voulu que je le rencontre, par hasard, il a fini de me convaincre de continuer dans cette voie. J’ai alors tenu la rubrique « justice et faits divers », après avoir joué le rôle de doublure quelques années.

Un mois et demi après avoir accepté le poste, j’ai eu la chance du débutant.

Coup sur coup, j’ai eu à traiter deux belles affaires. Celle d’un tueur en série qui avait assassiné dans un train, une jeune étudiante anglaise de Limoges, Isabel Peake. Dans la foulée, une source m’a apporté sur un plateau l’affaire de détournements de fonds du CSP Limoges, le club de basket emblématique de la ville ; une vraie bombe dans le paysage local.

Ces deux affaires m’ont surtout appris à grandir, à rester mesuré, distancié par rapport aux événements, à ne jamais s’enflammer et, accessoirement, à gérer la pression.

« Le groupe Centre France offre un incroyable terrain de jeu »

Instinctivement, je me suis dit que j’avais mangé mon pain blanc, c’était le moment pour me relancer. J’ai eu le choix de poursuivre dans l’investigation, en bossant à Paris, ou me lancer dans le management, la Dépêche du midi cherchait quelqu’un à Tarbes. Ma femme, à l’époque, a préféré le Sud-ouest, elle ne se voyait pas vivre à Paris avec deux enfants en bas âge. J’ai rejoint alors les Hautes-Pyrénées, un département magnifique ; j’ai vécu une période encore passionnante, avec toute une série d’enquêtes à la clé avec une belle équipe de journalistes. Jean-Christophe Giesbert, mon directeur des rédactions, était un vrai meneur d’hommes, très charismatique, c’était top de bosser avec lui, il m’a beaucoup appris.

Puis, j’ai été approché par un autre groupe de PQR pour devenir redchef ; à 48 heures près, j’aurais pu partir à l’autre bout du monde mais le destin a voulu que je revienne dans le groupe Centre-France. Jean-Loup Manoussi, avec qui j’avais eu un premier contact quelques années plus tôt, m’a convaincu de revenir dans le groupe, comme responsable d’agence à Montluçon. À son décès, brutal, j’ai été appelé au siège de La Montagne, à Clermont, pour diriger les éditions du Puy-de-Dôme. Une rédaction avec de belles personnalités, un job qui décoiffe, très formateur, que j’ai occupé pendant plus de six ans jusqu’à ce que le groupe s’étende au nord de notre zone historique. J’ai accepté alors de partir comme rédacteur en chef à Auxerre, fin 2011, jusqu’à l’automne 2016, où j’ai eu l’opportunité de rejoindre le Berry Républicain. J’ai la chance de faire partie d’un groupe, toujours en constante évolution, qui a su me confier des postes intéressants sur un très beau terrain de jeu.

« C’est capital de se mettre à la place des autres »

Le management, à Tarbes, j’y suis tombé un peu par hasard. J’y ai trouvé un intérêt particulier, une certaine philosophie de la vie, en essayant de toujours trouver la solution la plus humaine, juste et acceptable. Sans les autres, on n’est que peu de chose. Je suis toujours très admiratif de ceux qui font preuve d’intelligence émotionnelle ; le savoir-être, l’approche humaine des situations, c’est à mon sens la plus grande forme d’intelligence, ça ne règle pas tout, mais en tout cas ce moteur permet souvent de tirer le collectif vers le meilleur.

Mon parcours professionnel est celui d’un passionné d’information qui aime les gens, au sens universel du terme, et les rencontres qui vont avec.  Au fil des ans, des titres de presse, j’ai eu aussi ce privilège de croiser beaucoup de journalistes talentueux. Ils ont bien souvent une histoire incroyable à raconter, je ne m’en lasse toujours pas.

Avec beaucoup d’indulgence, mes rédacteurs en chef successifs m’ont toujours laissé aussi beaucoup de liberté. Les journalistes qui ont corrigé mes papiers, notamment à La Montagne, m’ont aussi appris l’humilité, à mettre son ego dans la poche sans la ramener. Ce n’était pas gagné, j’étais sûr de moi, jeune journaliste, insupportable probablement. Ces journalistes bienveillants m’ont permis, je le crois, de gagner en rigueur et surtout en écoute, la clé de voûte de toute relation humaine. Je ne suis pas encore au bout du chemin, mais j’y travaille encore et toujours. Je ne les remercierai jamais assez d’avoir été aussi patients.

Côté face, côté perso
J’ai vraiment épousé ce métier, par vocation. L’envie d’écrire m’habitait depuis l’adolescence, avec l’image de mon grand-père, Alfred, qui dévorait le Popu sur sa table de cuisine, le matin, et un bouquin, l’après-midi. C’est à 16-17 ans, que j’ai vraiment basculé dans l’information, l’investigation même. Ce sont ces années d’internat qui m’en ont donné l’occasion. J’ai réellement sorti ma première « enquête », ado. Un brûlot qui dénonçait les humiliations, les mauvais traitements infligés aux jeunes pensionnaires que nous étions, l’emprise psychologique. Depuis, je n’ai jamais supporté quelque forme d’injustice que ce soit, ainsi que le mensonge comme mode de fonctionnement ; j’ai d’ailleurs fini par être exclu de l’internat parce que, probablement, je la ramenais trop. Heureusement l’écriture m’a beaucoup aidé, à l’époque, elle m’a permis d’évacuer pas mal de frustrations.

« Je m’estime terriblement chanceux »

L’internat, c’était l’idée de mon père. J’ai grandi entre un père militaire, ancien d’Indochine, d’Algérie, plutôt droite catho, gaulliste puis chiraquien revendiqué, et une mère issue d’un environnement communiste, très clivant. J’ai surtout reçu une éducation aimante de mes grands-parents paternels, des modèles de bonté qui formaient un couple très différent. Alfred, mon grand-père était rescapé d’un camp de prisonniers en Allemagne, dont il est revenu très malade. Socialiste convaincu, encarté à la CGT, anti-gaulliste primaire et anticlérical, il était en revanche fermé à toute forme d’intolérance. Il formait un merveilleux couple avec Marthe, une vraie grenouille de bénitier, elle, qui ne manquait jamais une messe. Lorsqu’elle ne cultivait pas la terre, tôt le matin, le reste du temps, elle passait son temps à soigner les gens et à nourrir les chiens et chats errants du village.

Mes grands-parents m’ont permis de grandir dans ce monde d’entraide et de tolérance.

J’ai essayé à mon tour de transmettre leurs valeurs à mes trois enfants. Ne pas être dogmatique, sans jamais transiger cependant avec ceux qui ont des discours de haine. Je les trouve très ouverts sur les autres, sur toutes les différences du monde qui les entoure et heureux de vivre. Leur maman, avec qui je suis séparé, aujourd’hui, leur a aussi transmis beaucoup de valeurs fondamentales comme l’amour, la tolérance.

« Si je n’étais pas devenu journaliste, j’aurais bien aimé être rugbyman »

Toutes ces valeurs, je les retrouve aussi dans le sport, une passion, que je continue à pratiquer dès que j’ai une petite fenêtre de tir. Je m’intéresse au sport, en général, peu importe la discipline, même si j’ai un faible pour le rugby. Si je n’avais pas été journaliste, j’aurais bien aimé être rugbyman, même s’il me manquait le gabarit, sur le terrain j’ai toujours eu le mental. Le sens du collectif, l’humilité et le respect affirmés dans le rugby, c’est un sport qui m’allait bien, j’en ai fait trop peu malheureusement.

Au coup de sifflet final, quand l’homme du match est au micro, il rend toujours un hommage appuyé à ses partenaires, en s’oubliant au passage. J’adore ce sens du sacrifice, je ne m’en lasse jamais. Ce sport me procure à chaque fois de réelles émotions. Si je devais nourrir un seul regret, c’est de ne pas avoir intégré la section sport étude de rugby à Ussel, j’aurais aimé jouer à plus haut niveau, ma mère ne le souhaitait pas. Le destin en a voulu autrement. Aujourd’hui, je suis un homme vraiment heureux, je vis une magnifique histoire d’amour avec ma compagne. Une inépuisable source d’équilibre.

Avec l’expérience, que diriez-vous aujourd’hui au professionnel que vous êtes ?

Donne-toi les moyens de faire le métier que tu aimes, en accord avec tes propres valeurs, tes aspirations profondes, n’y déroge jamais. Essaie de te donner les moyens de rester toi-même, c’est le prix de la liberté. Si tu veux être journaliste, n’oublie pas d’être à l’écoute, de bien respecter l’équilibre dans le traitement de l’info, le pluralisme des opinions, de faire fi de tes préjugés, c’est comme ça que tu seras respecté y compris par tes plus fervents détracteurs.

Avec le recul, que diriez-vous à l’enfant que vous étiez ?

Chacun a son destin entre ses mains, a ce qu’il mérite. Ne déconne pas à l’école, c’est important d’avoir les bases, ne triche jamais avec les autres pas plus qu’avec toi-même, ne t’invente pas des histoires et méfie-toi de ceux qui se la racontent, ils n’ont, à coup sûr, que peu d’intérêt. Ensuite, tu pourras te faire ta propre opinion. Ne lâche jamais rien. Ne t’interdis rien. Le monde t’appartient.